Dimanche 8H : Mathieu, Olivier, Patrick, Didier, Fabien, Anne-so et David se préparent. On se badigeonne de Nok, on endosse les sacs poubelles et nous partons trottiner jusqu’au sas de départ. Derniers encouragements. On se sépare.
Dimanche 9H : La traditionnelle musique classique du marathon de La Rochelle est lancée. Elle est émouvante ; son rythme lancinant me fait penser aussi à une mise à mort. C’est très beau toute cette foule réunie pour une même finalité : passer la ligne bleue. Anne-Sophie est à mes côtés. Nous nous souhaitons une bonne course. Nous marchons, puis le rythme s’accélère. Sensation d’un lâcher de taureaux dans les rues de La Rochelle. Une cadence s’installe et rythme mes foulées. Je suis heureuse d’être là… Tout va bien ;
jusqu’au 13°km où mon genou droit me gène et se bloque de temps en temps. Panique. Il me reste 30kms et j’ai déjà un problème…
Je pense alors fortement à Laura, Manon, Rémi qui suivent en direct sur internet les temps de leur papa et leur maman. Je ne dois pas les décevoir. Ils m’accompagneront mentalement tout au long de ma course. Merci mes petits loulous.
15°kms : le chrono m’annonce un temps final de 4H08. Je sors de ma poche la petite fiche d’Anne so où tous mes temps de passage sont méticuleusement calculés. J’ai 12 minutes d’avance.
Du coup, je m’emballe encore ; je le paierai par la suite… J’aperçois Freddy qui m’encourage.
Merci Je passe le 21° kilomètres ; mon semi est bouclé en 2H01. Maintenant, tout commence. « terra incognita ! »Je n’ai jamais couru au-delà. Je prends cette deuxième étape comme une expérience nouvelle et un défi personnel à relever.
Du 21° au 30° kilomètres, je ne me rappelle plus de rien. C’est le vide complet. J’ai couru comme j’aime habituellement tant courir. Il fallait avancer…Mes jambes l’ont fait pour moi.
Puis au 30° kms, la pluie, le vent, les douleurs ont rappelé mes esprits que j’étais bien au marathon. A ce moment, deux hommes déguisés en bagnard me passent devant et me disent « allez ma petite dame, ce n’est pas pire qu’au bagne ».
Je pense au fameux mur que Karim avait évoqué sur le blog ; il parlait du mur des lamentations. J’y vais droit dedans. 31-32-33 : concert de plaintes : c’est long, j’ai mal, mes jambes sont lourdes et protestent ; j’en ai marre. Je pense arrêter car à chaque fois qu’une douleur disparaît, une autre réapparait. J’ai fait une réelle introspection de mon corps, de la tête aux pieds ! Je me dis que je suis une vraie chochotte.
Et puis, une pensée, un flash me vient à l’esprit. Je pense à un ami qui a eu des soucis au niveau de sa motricité et qui ne peut plus courir à sa guise. Il aurait rêvé de refaire un marathon. Je cours pour lui ; je lui prête mes jambes. Cela me donne une énergie physique et mentale temporairement.
35°kms : plus que 7kms. Freddy passe avec son vélo. Encouragements. Il m’annonce que Teddy n’est pas loin devant moi. Cela me réconforte Autour de moi, c’est l’apocalypse. Certains coureurs marchent, s’arrêtent ; je les dépasse comme je me fais aussi bien dépassée. Je ne veux pas faillir. Je me dis que si je me mets à marcher, c’est foutu, je ne repartirai plus. J’avais mis un point d’honneur à ne jamais marcher quelles que soient les douleurs. Pour moi, un marathon, cela se court, cela ne se marche pas ! Et puis, je l’ai trop voulu cette épreuve. Je suis trop près du but.
38° kms : moi qui d’habitude a une foulée très rasante et petite, je ressens l’immense besoin d’allonger, de tirer sur mes bras. J’ai l’impression de faire du ski de fond. Je cherche toutes les techniques pour ne plus sentir mes jambes qui sont ankylosantes mais qui devront m’amener jusqu’au bout. Le mental vacille. . Ce sera mon premier et dernier marathon….
Alors finis le 40° kms : Je croise Patrick qui me crie « Allez Stéph, t’es pas loin » Je réalise alors que je suis tout près du but. Je repense à l’entrainement avec Anne-So où nous devions enchainer des blocs de 2000m après un effort soutenu. C’est ce qu’il me reste J’aperçois Olivier sur le côté. Je suis fière de moi et de lui qui a fini malgré sa blessure. Je visualise la fin. Combien de fois ai-je pensé à cette fin, cette ligne imaginaire pour moi, qui me paraissait souvent infranchissable mais tant espérée
. Le marathon est pour cela magique car il amène beaucoup de doutes, fait tomber des certitudes, génère beaucoup d’espoirs..
L’arrivée : Je suis prise d’émotions. Soulagement de ne plus avoir à courir ; joie d’avoir accompli. Je veux savourer. J’ai envie de pleurer tant je suis émue mais je ne lâcherai pas ; ce fut ma devise tout au long de la course Le retour : Je ne dis pas un mot dans le mini bus. J’écoute les exploits de chacun. D’ailleurs félicitations à tous. Dès que je vois une pancarte kilométrique, c’est un peu l’overdose ! Elles me rappellent le décompte des kilomètres.;
Je reste persuadée que je ne retenterai plus cette épreuve. Et le surlendemain : J’ai pris 30 ans d’âge ; je ressemble à une grabataire tellement ma démarche est bizarre. Mais j’en sors grandie : La douleur au marathon est une expérience vraiment personnelle et subjective, imprévisible selon la perception, la tolérance que l’on a ce jour là. Elle était mon seul adversaire. Le marathon m’a permis de vivre et reconnaître mes limites physiques, celles d’aujourd’hui que j’essaierai de repousser un autre jour.
Car oui, je recommencerai. ‘Cette victoire sur moi me donne envie de retenter cette expérience personnelle mais avec plus de sagesse, de confiance et d’élégance…
Invitation pour Paris 2011….
Remerciements : • A Anne-SO ma coéquipière d’entrainement • A Freddy pour son plan d’entrainement et ses encouragements • Aux marathoniens du club qui ont su me donner des conseils très pratiques • A mon chéri, pour TOUT • A mes enfants pour leur soutien et ma petite Laura pour ses massages à l’arnica.
Stephanie










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